Fashion Mix – Mode d’ici. Créateurs d’ailleurs : la mode, miroir des richesses migratoires ?

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Née romaine en 1890, Elsa Schiaparelli après un séjour new-yorkais où elle forge les grandes lignes de son style, débarque à Paris dans les années 20. Elle y fondera sa maison de couture, y fréquentera les grandes figures artistiques dont Dali avec qui elle collaborera. Elle y meurt en 1973. Naturalisée française depuis 1931, reconnaissante pour ce pays qui lui a apporté les moyens de créer, laissant comme héritage un patrimoine riche qui inspirera les générations futures. Une trace durable dans la mode internationale, un enrichissement évident pour sa contrée d’adoption.

Chapeau-chaussure
Elsa Schiaparelli (1890-1973). Chapeau-chaussure. Feutre noir, Hiver 1937-1938. Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

 

Un modèle d’intégration qui en reflète bien d’autres. Mariano Fortuny, Banlenciaga, Jean Dessès, Charles Montaigne, Issey Miyake, … japonais, russes, arméniens, espagnols, italiens, belges, … ils furent nombreux, pour des raisons esthétiques ou politiques, par goût ou par obligation, à migrer en terre hexagonale. Et à y faire germer les graines prolixes de leur créativité, participant ainsi au rayonnement du « Made in France » de par le monde. Grandes maisons ou petites mains, chacun a apporté dans ses bagages sa culture, ses influences, ses rêves, ses peurs, ses ambitions. Grand bien nous fit d’ouvrir nos portes.

Robe de ville
Worth et Bobergh, Robe de ville, vers 1869. Faille de soie, toile de coton enduite. Doublure de tarlatane de coton et de taffetas de soie. Dentelle. Don de Madame Trotzy. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. © Eric Emo / Galliera / Roger-Violle

Inspiré par la récurrence de ces parcours, le Musée de l’immigration a voulu proposer une réflexion de fond sur ce phénomène qui éclaire d’un jour particulièrement original sa mission première, ainsi définie : « assembler, sauvegarder, mettre en valeur et rendre accessible au plus grand nombre les éléments relatifs à l’histoire de l’immigration en France, notamment depuis le 19e siècle, pour faire connaître et reconnaître le rôle de l’immigration dans la construction de la France, en montrant l’apport des immigrés au développement économique, aux évolutions sociales et à la vie culturelle du pays ». Un sujet à risque, dans un pays où l’intégration demeure une problématique politique et sociale d’actualité, dont constamment on interroge et met en doute la portée et le succès.

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Issey Miyake. Robe longue. Soie artificielle multicolore. 1986. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. © Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

Elaborée avec le Palais Galliera – Musée de la mode sous la houlette du commissaire d’exposition Olivier Saillard, directeur de Galliera, Fashion Mix – Mode d’ici. Créateurs d’ailleurs s’articule en deux parties chronologiques, du XIXeme siècle aux années 60 puis des Seventies à aujourd’hui, un choix ingénieux qui fait coïncider mutations stylistiques et tournant migratoire. Dans le sillage du grand précurseur que fut le couturier anglais Worth venu installer son atelier dans la ville Lumière pour en éblouir les fêtes et marquer de son empreinte la Belle Epoque, découvrons le profil d’autres voyageurs de la haute couture, qui trouvèrent à Paris la paix, la confiance et le soutien nécessaires à leur épanouissement, ce qu’ils rendirent au centuple, sans pour autant brader leurs origines, leur donnant la possibilité de s’exprimer dans leurs costumes.

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Article consacré à la participation de la maison Redfern à l’Exposition universelle de Saint-Louis (Etats-Unis), L’Art et la Mode, n°23, 3 juin 1904. © Editions Jalou 1904

Démarches administratives, organisation de l’entreprise, étapes de la naturalisation, l’exposition met en parallèle les modèles témoins d’inspirations florissantes et les actions concrétisant l’appartenance à la terre française, appartenance qui une fois reconnue devient réussite. Une vision idyllique ? La plupart de ces créateurs s’imposent dans l’ Entre Deux Guerres, au moment où l’on célèbre les grandes expositions coloniales, ainsi que l’expliquait le musée du quai Branly avec Exhibitions – L’invention du sauvage en 2012. La confrontation est frappante entre ces deux visions contradictoires de ce que peut signifier l’intégration, respectueuse et égalitaire d’un côté, dévoratrice, écrasante de l’autre. Il est sûr qu’un pays digne de ce nom, synonyme de modernité, de progrès, en sus patrie revendiquée des Droits de l’Homme, devrait toujours privilégier la première, consentie et assumée, à la seconde, imposée par la force. Et Fashion Mix de le démontrer de façon éclatante.

Antonio Castillo pseudonyme de Canovas del Castillo del Rey (1908-1984). Couturier. Dessinateur chez Chanel, R. Piguet et Paquin, puis directeur artistique de la maison Jeanne Lanvin à Paris jusqu'en 1962. Ouvre sa propre maison de couture en 1964. En pied, dans l'embrasure d'une porte, chez Lanvin
Antonio Castillo pseudonyme de Canovas del Castillo del Rey (1908-1984). Couturier. Dessinateur chez Chanel, R. Piguet et Paquin, puis directeur artistique de la maison Jeanne Lanvin à Paris jusqu’en 1962. Ouvre sa propre maison de couture en 1964. En pied, dans l’embrasure d’une porte, chez Lanvin. Tirage gélatino-argentique, 1952. Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Dimensions : 17 x 17 cm. Cliché: BHVP / Parisienne de Photographie – Photographie Seeberger Frères © BnF

 

Et plus si affinités

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