Exposition / De l’Allemagne 1800-1939 : une défaite de l’art ?




 


Nous venons à peine de quitter L'Ange du bizarre d'Orsay qu'il convient de traverser la Seine, d'entrer au Louvre pour y découvrir De l'Allemagne. En donnant naissance au mouvement romantique français, le livre signé de la main de Mme de Staël prenait acte de l'émergence d'une culture. 
Au début du XIXeme siècle, l'Allemagne se constitue politiquement, d'une mosaïque d'Etats, elle devient une seule et même puissance. Et pour activer le processus, il lui faut s'appuyer sur une mouvance, une pensée, une émotion : c'est l'art qui portera cet élan, se faisant le reflet esthétisé de l'émergence d'une nation, l'inspirant au besoin.

En trois chapitres, l'exposition proposée par le Louvre présente cet élan, en explicite les thématiques, en dissèque les mécanismes. Prenant exemple sur la Renaissance, les Nazaaréens vont progressivement se détacher de l'imitation pure et souvent maladroite pur doucement trouver leur identité : temples majestueux, cathédrales somptueuses, l'architecture jouxte le réveil du glorieux passé des Hasbourg. Petit à petit, ce sont les paysages qui vont véhiculer cette ouverture d cœur, cet émerveillement devant une nature propice à agiter les sens et les sensations qui engendreront les idéaux germaniques.

Comme les personnages de Freidrich, les allemands tournent le dos à l'ombre et regardent la lumière, celle de la première étoile, de la lune pleine, du soleil naissant. Un symbole poignant, des peintures de toute beauté, tourmentées comme cette inquiétude qui saisit chaque citoyen de ce nouvel empire à l'idée de ses fragilités.Une inquiétude prophétique qui sent arriver les tourmentes de la 1ere guerre mondiale ? Les salles suivantes énoncent les tableaux qui amènent à cette boucherie, les images de la Révolution industrielle, l'homme mécanisé, transformé en chair à canon quelques décenies plus tard.

Et soudain les dessins d'Otto Dix, comme une insulte au bon sens, au respect de l'humain, de longs cris d'agonie dans des tranchées boueuses où l'on n'attend même plus la mort tellement on est abruti de fatigue et de faim. Les xylographies de Käthe Kollwitz, exhumées des tombes, les lithographies de Max Beckmann, des puzzles d'horreurs. Née dans la couleur et la lumière, la culture allemande s'engouffre dans l'ombre, le noir absolu. Ce jeune garçon qui pose devant l'objectif d'August Sander en chemise brune, une croix gammée au bras. Une défaite de l'art ?

La question se pose, remarquablement reliée et débattue par un ensemble de conférences, de lectures, un colloque également Weimar, une histoire allemande. Notons par ailleurs Voix de l'Allemagne, une programmation musicale filmée qui ajoute à l'image la force de l'harmonie. Le cinéma justement joue ici un rôle important qui anime la fixité des tableaux. Déjà l'exposition met en regard Metropolis de Fritz Lang et les représentations d'usine. Nosferatu de Murnau, sa relecture par Herzog montrent comment les dessins de l'entre deux guerres ont impacté l'imaginaire des réalsateurs, dictant l'expressionisme allemand, influençant ses hériteirs des années plus tard comme en témoigne l'intégrale de Berlin Alexaderplatz du regreté Fassbinder.

En projetant cette saga, le Louvre apporte une nouvelle pierre au cycle décrit dans l'exposition, une conclusion en forme de passerelle vers le cinéma allemand contemporain avec des œuvres comme La Chute. A découvrir donc non comme un tout mais un mouvement du passé vers l'avenir.

Et plus si affinités
http://www.louvre.fr/expositions/de-l-allemagne-1800-1939-de-friedrich-beckmann
http://www.louvre.fr/progtems/de-l-allemagne-1800-1939