Des différents visages de la Résistance : un musée repensé pour un enjeu de mémoire

2 mai 2017 : nous éditons notre report sur la visite du Musée de la Libération de Paris – Musée du général Leclerc – Musée Jean Moulin. Trois entités en une, installée à Montparnasse pour évoquer les réalités de la Résistance, au travers de plusieurs visages dont deux des plus célèbres, Jean Moulin et le général Leclerc. Très documentée, l’exposition permanente demeurait classique dans son approche. Un rafraîchissement s’impopsait, qui eut lieu l’année dernière pour célébrer les 75 ans de la Libération de Paris. L’ensemble des collections a déménagé à Denfert-Rochereau, avec à la clé un musée repensé pour répondre aux attentes numériques de notre temps.

Une rupture considérable

Pour ce faire, l’institution s’est parachutée dans l’un des pavillons de la place, connus sous le nom de Ledoux, leur architecte (l’autre abrite l’entrée des Catacombes). Ces deux monuments appartenaient au mur des fermiers généraux qui entourait la capitale au XVIIIeme siècle, afin de taxer les denrées qui y étaient introduites à des fins de ravitaillement. Aujourd’hui, au terme de travaux d’aménagement particulièrement ambitieux, le bâtiment a retrouvé son éclat initial, tandis que les locaux ont été totalement réinstallés afin de dérouler les différentes salles qui racontent ce pan incontournable de notre Histoire. Une rupture considérable par rapport aux deux grandes salles de Montparnasse, qui offraient une approche linéaire.

Désormais une succession d’alcôves met en avant des thématiques précises qui permettent de mieux cerner le contexte, de comprendre la réelle portée de l’invasion allemande, la manière dont l’Occupation s’est instaurée, dont certains ont opté pour le refus et la lutte quand la plupart a préféré le statu quo. Les conditions de vie, les premières rafles de juifs, l’importance de Paris dans la politique du Reich … des cartels aussi précis que concis explicitent les documents mis en valeur en les situant dans une réalité insoutenable. Quant aux portraits de résistants qui jalonnent ce parcours, ils permettent de saisir comment s’est progressivement affirmée puis organisée la lutte contre l’occupant, depuis les premiers actes de bravoure jusqu’à la mise en place du Conseil national de la résistance initié par Jean Moulin.

L’engagement de chacun

La restitution des ces années tragiques est aussi claire que poignante, elle pose énormément de questions sur l’engagement de chacun. Pourquoi dire non quand tous disent oui ? Le parcours n’apporte aucune réponse à cette problématique philosophique, mais il démontre que cela fut. On gardera en mémoire le geste de Jean Moulin, alors préfet à Chartres, violenté par les nazis, préférant le suicide plutôt que de signer une déclaration incriminant les troupes françaises noires pour les atrocités commises par les allemands. On se souviendra de la fuite du général Leclerc de Hautecloque, sévèrement blessé, mais bien décidé à ne pas tomber aux mains des ennemis. On découvrira le périple d’un général de Gaulle parti en Angleterre pour monter un front de résistance, revenant en France à Bordeaux pour exposer son plan, repartant de plus belle en apprenant l’armistice.

Le tout se déroule durant les jours précédant le fameux appel du 18 juin 1940. Un panneau où apparaissent les photos de chacun ainsi que celle de Pétain restitue ce compte à rebours via une animation digitale captivante, qui traduit la gravité d’une situation évolutive sur laquelle il n’y a plus de contrôle, la prise de conscience d’une véritable catastrophe qui va plonger le pays dans la sidération. Face aux événements, chacun a agi avec sa perception de l’actualité, son analyse, le respect de ses valeurs. Et cette installation numérique le met particulièrement en évidence. De même, la diffusion de témoignages filmés où d’anciens résistants expliquent comment ils ont agi, dans quel cadre, comment ils ont structuré leur action, comment ils ont créé des groupes de combat …

Le PC de Rol-Tanguy

La digitalisation est également à l’œuvre avec des écrans tactiles où l’on peut voir sur des cartes les hauts lieux de la collaboration et de la résistance, et comprendre ce qu’ils représentaient dans l’espace urbain. Le dispositif dévoilant les points clés de la déportation des juifs fait froid dans le dos, de même la carte interactive localisant les combats dans une capitale avide de se libérer. Le point central du musée, la salle consacrée au défilé de De Gaulle sur les Champs-Elysée est scénographiquement conçue pour restituer la liesse absolue, la joie incroyable, le soulagement de la population d’une ville enfin libérée.

Mais le point fort de ce nouveau parcours se situe à vingt mètres sous terre. Il s’agit du poste de commandement du colonel Rol-Tanguy, qui dirigeait alors les FFI d’Île de France. Il s’y enferma avec son état-major composé de plusieurs résistants pour superviser l’insurrection de la capitale. Laissé à l’abandon, cet ancien abri initialement destiné à accueillir les services administratifs en cas d’attaque aérienne a été rénové et ouvert à la visite. On y découvre les installations sanitaires, le bureau de Rol-Tanguy, l’organisation du PC, le standard téléphonique (le lieu ne fut pas choisi par hasard, il disposait d’une ligne, indispensable pour communiquer avec les différents groupes de combat).

Clairement, cette nouvelle expérience muséale est passionnante … et tout à fait à la hauteur des enjeux de transmission de mémoire. Aujourd’hui, qui peut encore témoigner de vive voix de ces temps obscurs ? Il faut que les musées dédiés repensent leur organisation pour parler aux jeunes générations, ultra-connectées. Expérimenter, s’immerger devient un impératif que le nouveau site poursuit avec détermination. On pourra bien sûr regretter la disparition des panneaux consacrés aux résistants allemands qui furent nombreux à combattre le nazisme. On aimerait également plus d’informations sur la Collaboration et son devenir au lendemain de la Libération. Ces sujets pourront éventuellement faire l’objet de manifestations éphémères. En effet le lieu va poursuivre sa politique d’expositions temporaires avec fin février un parcours intitulé Les Parisiens dans l’Exode. L’occasion donc de venir découvrir ce nouvel agencement et de se connecter avec un chapitre particulièrement saisissant de notre patrimoine.

Et plus si affinités

http://www.museeliberation-leclerc-moulin.paris.fr/