Cultural Crash Test 2 : Mouton Cadet 2011 – Les Ateliers du goût

Le 5 octobre nous lâchions notre premier cultural crash test en faisant subir les pires atrocités à un T Shirt et un foulard du collectif Stepart. Pour notre 2eme édition, c’est au domaine du vin que nous nous sommes attaqués. Sur la sellette, Le Mouton Cadet Blanc et Le Rosé de Mouton Cadet, deux bébés de Baron Philippe de Rothschild France Distribution.

Et là hurlements : « Ouais qu’est-ce que ce type de chronique fiche dans un webmag à haute vocation artistique et qui prône la transversalité culturelle à tout bout de champs ? » Coupons court, tout amateur de vin sait à quel point ce noble breuvage est ancré dans notre civilisation depuis les temps reculés de l’Antiquité.

Je ne reviendrai donc pas sur la préparation du vin à la grecque ni les libations de Socrate et consort, histoire de se mettre en condition pour pratiquer l’élévation philosophique. Plus prosaïquement, il s’avère que le vin fait partie de ces éléments qui nous intéressent car ils appellent une préparation réfléchie, une maturation, un savoir, une stratégie qui déboucheront sur une dégustation, une alchimie avec les aliments.

Des sensations multiples donc qui nient le principe d’ivresse pour offrir une perception expérimentée et analysée autant qu’appréciée. Je n’ai pas les connaissances suffisantes en vin pour décrypter les arômes goûtés avec la précision d’un amateur éclairé. Rosé ou blanc, le Mouton Cadet que nous avons dégusté possède indéniablement une identité, une légèreté, un imperceptible piquant qui titille la langue, rebondit sur le palais. Une fraîcheur aussi, peut-être plus abrupte pour le blanc, plus fruitée pour le rosé.

Au risque de me faire rabrouer vertement par les aficionados, je vous épargnerai le lexique spécialisé de la « rondeur en bouche », de la « structure tannique » pour me concentrer sur un autre aspect qui touche plus la formatrice que je suis : ces vins vraiment agréables à savourer, nous les avons découverts grâce aux Ateliers du goût, une dégustation orchestrée autour des cinq sens qui à la mérite de situer l’histoire de ces vins par rapport aux perceptions qu’ils suscitent.

Le velouté d’une texture, la musique des éléments à l’œuvre, la couleur d’un terreau, le parfum du liquide, son arôme … du son de la pluie, du vent dans les feuillages, on passe à la douceur du satin, au granulé du sable, pour capter ensuite l’odeur de l’ananas et des pois de senteur, les nuances chromatiques et lumineuses des liqueurs, les croisements de saveurs d’une mozzarelle roulée dans la pistache ou le pain d’épice.

L’ensemble est présidé par un guide qui nous conduit d’une perception à l’autre, expliquant les différentes étapes d’élaboration des deux vins, la stratégie gustative choisie par les maîtres de chai, les équilibres savants opérés pour arriver au résultat final qui sera lui-même repensé au moment d’être bu, en fonction des plats préparés.

Avouons-le, à nos yeux d’ARTchemists, ces ateliers en disent autant sur le vin que leur dégustation car ils témoignent d’une autre manière d’aborder ce produit, avec l’idée de sensibiliser le consommateur, de lui ouvrir des portes sensorielles et d’initier un moment rare. Comme un désir supplémentaire de proposer un rituel de dégustation, un centre de table au design épuré où positionner la bouteille a été conçu par Cécile Chareyron, artisane reconnue et membre d’Atelier d’art de France.

Le tout est vraiment porteur et mériterait d’être creusé et proposé dans le cadre de workshops plus longs et plus fouillés, permettant de croiser ces vins avec d’autres produits. Il conviendrait par ailleurs que ces ateliers soient parachutés dans des univers scolaires et étudiants avec une perspective d’éducation du goût qui serait selon nous bien plus efficace que les nombreuses et infructueuses campagnes dénonçant le binge drinking et autres conduites à haut risque.

Pour preuve l’évaluation de Miss Clarisse Anceau, qui nous a suivis sur atelier :

Points positifs :

  • Une bonne tentative de sensibiliser les 5 sens du public (sons, matières, goût, odorat) et ce sous forme de petit jeu (reconnaître ce que l’on sentait) ;
  • Une certaine inventivité avec les « cheese pops » que l’on trempe dans divers arômes, c’est d’ailleurs encore mieux quand on s’amuse à faire des mélanges, quand on recherche ce qui va ou ne va pas avec le vin ;
  • La recherche d’une certaine éducation : savoir apprécier, « écouter ses sens », sa sensibilité gustative ;
  • La vision du vin comme celle d’un tout : du type de sol dans lesquelles prend racine la vigne au met qui va accompagner ce verre de vin, en passant par le tannage et les matières que peuvent nous évoquer les vins (cuir,…).

Points à améliorer :

  • Certains  manques dans l’atelier sur l’ouïe et le toucher, par exemple des panneaux qui cherchent à sensibiliser sur la fabrication du vin, mais on ne sait pas vraiment où ça mène…
  • Un espace trop petit (la dégustation avait lieu dans une partie du restaurant Le Tsé, où l’on était un peu à l’étroit)
  • Une éducation à la dégustation pas assez approfondie : on n’apprend pas grand chose du vin, de sa fabrication, du terrain des vignes…
  • Le dress code qui n’est pas forcément respecté (en blanc pour la dégustation de blanc, en rose pour le rosé)
  • Une dégustation dans les huîtres prévues à la base.

Le tout demeure riche et intéressant et mérite d’être testé, goûté … avec modération bien sûr.

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. A CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

Et merci merci merci à Clarisse et à Audrey Lacroix.

Et plus si affinités

http://www.moutoncadet.com/index_fr.asp