Contagion : autopsie d’une épidémie by Soderbergh

Franchement, on ne pouvait pas le laisser passer. Tandis que COVID-19 trace allégrement sa route parmi l’humanité, nous faisons partie des nombreux nombreux spectateurs à avoir visionné l’excellent Contagion de Steven Soderbergh. Histoire de se mettre dans le mood, de respirer un peu de cet air de panique qui nous saisit tous au fil de la paranoïa médiatique et des annonces gouvernementales.Et de s’en détacher ?

Comme une traînée de poudre

Il paraît que le film explose les taux de visionnage en replay, dixit l’excellent article de Mathilde Serrell sur France Culture. Pas étonnant. De toute la production cinématographico-hollywoodienne consacrée à ce thème pour le moins touchy, Contagion est probablement le moins farfelu, le plus crédible. Pas forcément le plus rassurant du reste.

Ici point de zombis, de déments cannibales, de malades ruisselants de sang. Excit World War Z, 28 Jours plus tard ou Alarme. Nous sommes face à une pandémie galopante et ultra-létale, un virus foudroyant qui se répand comme une traînée de poudre de par le monde et dont Soderbergh observe la traque.

Un polar scientifique

Un polar scientifique en somme, doublé d’un film choral dont le réalisateur de Traffic et The Laundromat a le secret. Nous allons donc presque deux heures durant suivre la mise en place de la pandémie, les efforts des scientifiques pour trouver et juguler la maladie, la gestion de la crise sociale engendrée, avec en parallèle une tentative pour comprendre comment cette saloperie a pu passer du monde animal à l’homme.

Et là, avouons-que la première séquence est juste flippante … et particulièrement pédagogique. Croyez-moi, après avoir vu ces quelques minutes d’introduction où on nous plonge direct dans le processus de contagion à l’œuvre, vous n’êtes plus prêt d’ouvrir une porte ou de saisir un verre dans un restaurant.

La décomposition du tissu social

En tout cas, votre flacon de gel anti-bactérien va pour sûr devenir votre seul ami. Car si le film date de 2011, il entre étrangement en résonance avec l’actualité, comme un miroir tendu sans fard. Normal. Le scénario, rédigé avec Scott Z. Burns, s’appuie sur l’expertise d’épidémiologistes éminents et sur la documentation de l’OMS. La pandémie présentée évoque celle tristement célèbre de la grippe espagnole de 1918. Quant au virus mis en avant, il ressemble au Nipah, dont la Malaisie a tâté à la fin des années 90.

Un parfum de réalisme qui donne à l’évolution galopante des symptômes, aux séquences de confinement et de pillage qui s’ensuivent, à la gestion assez inique des soins et des traitements, aux théories anti-vaccins développées par les influenceurs conspirationnistes un parfum de réalisme assez inquiétant. Car outre la maladie, c’est surtout la décomposition du tissu social que Soderbergh détaille et cela fait peur. Il n’invente en rien. Tous les récits historiques explorant les grandes pestes de l’Ancien régime soulignent ce point, celui qui devrait vraiment nous alarmer.

Problématique d’avenir

Sobriété du scénario, réalisme de l’approche, interprétation chorale sans grandiloquence, tout concourt à rendre ce film aussi juste que palpitant, et somme toute rassurant. Car la logique de la contamination y est abordée, mise en image, dans sa simplicité, sa rapidité. La Nature est bien faite, et nous ne sommes pas armés pour anticiper ses fantaisies, juste pour les contre-carrer. Pire, notre société globalisée encourage ce type de phénomène, sans même envisager de l’anticiper.

Là aussi, le film de Soderbergh fait écho à l’actualité, il aborde même les problématiques d’avenir : traiter autrement des pandémies qui vont se multiplier avec la crise climatique. Citons à ce sujet un très récent article du New-York Times daté du 27 février et signé Peter Daszak, président de EcoHealth Alliance et spécialisé dans l’étude des maladies émergentes. Avec « We Knew Disease X Was Coming. It’s Here Now . », ce scientifique émérite insiste sur l’obligation de revoir nos priorités en matière de prévention de virus toujours plus meurtriers car diffusés via la globalisation.

Tourné en 2011, il y a presque une décennie, Contagion déjà abordait cette question, démontrant magistralement combien elle était centrale dans nos modes de vie. Nous pensons être protégés, à l’abri dans nos vies ultra connectées ? Ce n’est guère le cas : le film nous le démonter … de même que la situation que nous vivons actuellement.

Et plus si affinités

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