Concours de danse urbaine Juste Debout 2016 : Get Up à Bercy

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Après un an d’absence, le concours de danse urbaine Juste Debout s’est de nouveau tenu à Bercy, dans un cadre rénové par le groupe Accor, concessionnaire pour dix ans de ce qui était jusqu’ici un “palais omnisport”, rebaptisé, à titre provisoire, peut-on penser, du nom du sponsor.

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Photo William K.

Il faut reconnaître que les conditions d’accueil étaient optimales, avec un service d’ordre et de réception pro, efficace et extrêmement civil, pour ne pas redire urbain. Nous avons été convenablement traités et installés, backstage, si ce mot a encore du sens dans une configuration circassienne justifiant le terme d’arena, fort répandu en Germanie bien que sa connotation latine rappelle le Colisée romain et ses combats de gladiateurs ou les places de taureaux de la péninsule ibérique. Aux trompes et tambours d’antan, aux éclairages de soleil et d’ombre ont succédé une sono omnipotente d’une paradoxale finesse faisant peu de cas du silence, soit par horreur du vide, soit par phobie du temps mort, ainsi que des éclairages artificiels de haute luminance et de focale précision, mais jamais froids ou agressifs. Les infrabasses étant ce que les vieilles carcasses comme les nôtres redoutent le plus, nous les avons trouvées à peu près supportables lors de cette édition 2016.

Juste Debout est à la fois un label, le nom de cet événement annuel – festival, manifestation, compétition – pouvant réunir jusqu’à quinze mille personnes (sans doute moins, cette année, quoique nous n’ayons pas pris le temps de compter les présents, mais simplement celui de constater quelques trous, ici et là, dans les travées), celui d’un groupe de danseurs issus de la galaxie hip hop et d’une école de danse logeant de nos jours dans la partie bobo de Ménilmuche. Le concours de danse, puisque concours il y a, est divisé en plusieurs disciplines ou catégories qui ont sûrement leur raison d’être mais dont la pertinence n’apparaît pas toujours de façon évidente – (dé)limiter le hip hop, qui est la source même de toutes les autres formes, certaines vivaces comme le rap, d’autres mortes ou sur le déclin, on pense au double dutch, à une des expressions dansées, alors qu’elle devrait englober toutes les autres (Locking, Popping, House, Expérimental et Dance Hall compris), ainsi que l’indique, du reste, le site officiel de JD qui célèbre bel et bien la “rencontre internationale de danses Hip Hop dites “debout””, c’est un peu comme si la Cinémathèque Française appelait l’une de ses trois salles du nom de son père fondateur, Henri Langlois, qui ne saurait symboliser un espace circonscrit mais le concept plus général de cinémathèque ou de “musée du cinéma”.

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Photo Nicolas Villodre

Malgré la démesure d’un spectacle destiné au grand public, par bien des aspects, la manifestation parvient à conserver un côté bon esprit ou bon enfant qu’il convient de rapprocher de celui des commencements, des pionniers, autrement dit de l’enfance d’un art. Comme l’étaient les Rencontres de danses urbaines de La Villette auxquelles nous contribuâmes modestement en 1996. Ainsi, comme le précise le règlement de JD, les présélections, qui mobilisent, paraît-il, quatre mille danseurs à travers le monde, “sont ouvertes à tous les danseurs, quels que soient leur nationalité et leur niveau, sans aucune distinction d’aucune sorte”. Par ailleurs, “les inscriptions aux présélections parisiennes sont gratuites”. Si l’on met à part la catégorie Expérimental destinée uniquement à des variations individuelles, les danseurs doivent s’inscrire en duo, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils aient à danser en “couple”. Le DJ, élément essentiel du hip hop qui a présagé la fin de l’industrie du disque (après que celle-ci a, rappelons-le, précipité celle des orchestres de bal, quelques temps après guerre!), a fini, lui aussi, par se spécialiser dans un (parfois deux) des genres de cette, disons pour aller vite, danse sociale. Juste Debout a invité plusieurs grandes figures du son ainsi que l’excellent groupe spécialisé dans la Soul et le Funk : Champion Sound, qui a spécialement fait le voyage de Prague à Paris.

Photo Nicolas Villodre
Photo Nicolas Villodre

Parlons peu, parlons bien! Venons-en aux faits et aux résultats des courses. Les infatigables présentateurs, ADL (Adam Baptiste, un rapper suédois aux origines trinidadiennes) et Vicelow (au “flow imparable”) ont tchatché tout un après-midi dominical qui a été délayé (dans tous les sens du terme) ou dilaté jusqu’à la nuit tombante, c.à.d. jusqu’à la toute fin de la lutte finale – un combat, faut-il le rappeler?, tout ce qu’il y a de plus pacifique. Le jury 100% féminin, à deux jours de la Journée de la femme, fait rarissime, et pas seulement dans le milieu du hip hop, était composé de Niki, DeyDey, CIO et de Toyin. Ce quatuor a eu à choisir – donc à écarter – parmi les dizaines de concurrents en lice, en tenant compte de critères artistiques, techniques, diplomatiques, etc. L’événement a eu la caution de la ministre de la Culture, qui est passée y faire un tour vers 19h, durant les demi-finales de Locking.

Photo Nicolas Villodre
Photo Nicolas Villodre

Ce ne sont pas des filles mais les garçons Mad Mike & Rafa qui ont remporté la finale dans la catégorie Dance Hall. La merveilleuse japonaise Nao Aerstix, d’une souplesse hors du commun, nous a convaincus, ainsi que les juges, puisqu’elle a triomphé de l’épreuve éclectique, pour ne pas dire surréaliste dite de l’Expérimental, soutenue par le DJ polyvalent Luca Benjamin. Lequel a aussi stimulé Nelson et Greenteck, vainqueurs du Popping au look improbable démarqué de “Fiddlers on the Roof”. Les DJ Boddhi Satva et Tijo Aimé ont animé la section House, dont se sont assez bien tirés Frankwa et Kapela, bien que nous ayons été plus sensibles à la qualité gestuelle exceptionnelle de la Russe Snezhana Ezhkova (alias “Snow”), toujours juste dans ses mouvements, fluide, élégante et gracieuse. Rien à dire, en revanche, pour ce qui est du Locking, musiqué par DJ Jul Nako et l’orchestre tchèque en direct live, dont le numéro gagnant, celui de Masato et Nobby, a été parfait de bout en bout et idéalement coordonné. Enfin, last but not least, Maïka et Kyoka ont remporté la… basket géante. Soit la plus haute distinction dans l’ordre du Hip Hop.

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Photo Nicolas Villodre

Et plus si affinités

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