Concert / Nouveau Casino : The Rival Sons en majesté

Chez The ARTchemists, on ne traîne pas, dixit le dossier Rival Sons : repéré dans la prog du Hellfest en juin, chroniqué trouvaille le 6 août, … chopé en concert le 29 octobre.

Et quel concert, puisque le dernier d’une tournée européenne menée tambour battant par le quatuor californien. Leurs dernières heures sur le Vieux Continent, c’est avec le public parisien qu’ils vont les passer pour un set tout en élégante retenue face à une salle affichant complet.

Les retardataires auront bien du mal à trouver des places et nombre de fans resteront sur le trottoir à l’extérieur du Nouveau Cas’ complètement bondé tandis que la première partie, le duo parisien des Blackfeet revolution se charge de faire monter la température avec un rock particulièrement nerveux et efficace : batterie + guitare, des riffs hargneux, le sens de la tension dans les accords, ça décoiffe pas mal et ça balise la piste sur laquelle les 4 de LA se posent après le changement de plateau.

Dans un bruissement d’ailes et un tonnerre d’applaudissements, Michael Miley s’installe derrière ses fûts tandis que Scott Holiday le guitariste et Robin Everhart à la basse prennent leurs postes de part et d’autre d’un Jay Buchanan dont le charisme saute immédiatement aux yeux et à la gorge. Audience sous le charme en une seconde et c’est parti pour deux heures de concert envoûtant.

Et déjà un point d’importance : une set list très équilibrée, calculée pour mettre chaque partie en valeur dans une continuité logique au niveau des compos et des capacités musicales du groupe. Entre rock, blues, metal, psychédélique, une pointe de jazz, un nuage de gospel, les morceaux de bravoure alternent avec des chansons moins connues, pour offrir un récit toute en nuance de l’épopée mélodique du combo.

Et l’on reste frappé alors de la pertinence des thèmes traités : les fêlures de l’individu, la quête incessante de l’amour, la manière dont notre société nous modèle de force, le rugissement de liberté … le tout plante une poésie dans l’esprit de Kerouac qui nous amène immanquablement à tracer la route pour fuir et respirer.

Respirer : c’est exactement ce que nous allons faire pendant tout le temps du live, nous collant sur les lyrics et les pulsations d’un combo à la maîtrise parfaite. « All over the road », « Gipsy heart », « Torture », « Face of light » (émouvant au possible, à vous retourner les tripes), jusqu’à “Pressure and time” qu’ils attaquent en symbiose, avec une pratique qui laisse pantois.

Et là, autre aspect frappant : le calme des quatre musiciens. On aurait pu s’attendre à un déchaînement, or ils vont tous se positionner fermement sur le plateau, et dérouler le set avec une quiétude imposante pour ne pas dire majestueuse. Plus que de la pratique, un mode de vie, une gestion de l’énergie, une manière de canaliser la puissance et l’émotion qui évoque le pilote de course au volant d’un seigneur de la route.

Et un Jay Buchanan dont la presta en dit beaucoup sur le bonhomme : pas d’excès, une sincérité, une vibration exceptionnelles, une voix vigoureuse, chaude, veloutée, éraillée sur certaines notes, certaines syllabes, une violence retenue, domptée, domestiquée qui explose dans les amorces, les refrains, certains gestes de la main qui tremble en saisissant le micro, en rejetant la chevelure en arrière.

Le mec est emblématique, il le sait, et il n’en profite visiblement pas (rarissime dans ce métier où les égos s’entrechoquent) ce qui laisse le champ à ses camarades qui trouvent alors naturellement leurs marques, ainsi le guitariste Scott Holiday qui va poser ses solos avec une jubilation bonhomme sur les vocalises du Jay.

Un pur bonheur donc qui prend fin sur une touche poignante lorsque le chanteur remercie toute l’équipe qui les a portés pendant ce long voyage artistique et annonce qu’enfin ils retournent chez eux. Or tout le monde sait ça depuis qu’un certain Du Bellay l’a écrit : « Heureux qui comme Ulysse … ».

Aussi bon retour sur votre sol natal, messieurs, merci de nous avoir fait planer, rêver et swinguer avec vos majestueuses sirènes. Un seul souhait : revenez-nous vite avec de belles chansons inspirées de votre odyssée sur nos côtes pour des live d’aussi belle facture.

Take care !

Merci à Talita Jenman, Laura Jaud et Anthony Ricci.

 

Et plus si affinités

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