Cinéma / What Richard did : l’irréparable qui vous mûrit ?

Richard est un jeune garçon, Richard est issu d’une famille aisée, Richard fait la fierté de ses parents, Richard appartient à la bourgeoisie irlandaise, Richard s’apprête à avoir une vie heureuse, accomplie, reconnue. Tracée. Parfaite.

Sauf qu’un soir, Richard va commettre l’irréparable. Parce qu’il a un peu bu, parce qu’il est jaloux, parce qu’il ne contrôle plus la situation, parce que … Des parce que il y en a d’autant plus qu’il n’y a pas d’excuses, ni d’explications plausibles. Un dérapage. Comme nous pourrions tous en vivre.

Le film de Lenny Abrahamson se construit en deux temps : l’avant et l’après. On pourrait croire qu’on passe du blanc au noir, de la lumière à l’ombre, du bonheur au drame. Pas du tout et c’est ce qui fait l’intérêt de l’œuvre. Car dés les premières secondes, ce jeune homme si sûr de lui, si protecteur, trop responsable, trop adulte pour son jeune âge, présente des doutes, des failles, des questions. D’infimes craquelures. L’après marquera son implosion, sa solitude, un tournant.

Avec de longs silences, des paysages sauvages, des gros plans introspectifs captant aussi bien les regards perdus que les hurlements d’angoisse, le réalisateur suit ce cheminement en forme d’initiation peu glorieuse, semée de non dits, où les illusions implosent. Cet enfant si parfait n’a au bout du compte aucune défense face à l’imprévu. Et il se décompose, une fois le geste commis. Accident ? Action volontaire ? On ne saura jamais et le jeu de l’interprète Jack Reynor, excellent à tous points de vue, entretient cette ambigüité, au moment où on le voit s’accroupir, prêt à bondir. Délibérément ? Embué d’alcool ?

Tous les jours, ce genre de fait divers sordide arrive dans les soirées étudiantes trop arrosées. Le cas de conscience de Richard n’est pas une tragédie mais une réalité que nombre d’ados subissent actuellement. D’image en image, de portrait en portrait, on retrouve une narration à la Mike Leigh, retouchée par un Samuel Beckett qui introduirait l’absurde dans cet univers de compromis et de silences.

Acteurs impeccables, cadrages superbes, le long métrage débute comme un film d’horreur pour ado : la virée à la plage demeure un cliché du « survival », mais ici le « survival » va prendre une autre tournure et introduire le drame fatal, la crise de conscience aigüe et irréversible dans cette dimension de fin d’enfance. Et pas un instant on ne saura si cette crise débouchera sur une véritable mutation. Une décision, un pardon, un rachat. On comprend simplement que rien plus jamais ne sera comme avant. Ni dans le regard des autres. Ni dans le sien.

Et plus si affinités

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