Chernobyl : massive murder nucléaire

26 avril 1986 : le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose, déclenchant une catastrophe sans précédent. Personnels, pompiers, habitants irradiés, 200 000 personnes évacuées, tous les animaux abattus, la terre, les forêts contaminées … et un nuage radioactif dont on ne saura jamais clairement jusqu’où il a porté ce mal invisible qui continue encore de faire des victimes. D’aucuns, dont Gorbatchev, affirmeront ultérieurement que ce cataclysme a entraîné la chute de l’empire soviétique, au vu du coût astronomique de la bataille de Tchernobyl. Ce qui est certain, c’est que ce désastre reflète la décomposition d’un système à bout de souffle qui a toujours privilégié le mensonge à l’auto-critique constructive, quitte à sacrifier la sécurité de la population. Et c’est très nettement ce qui ressort de la mini série Chernobyl.

Un merdier à géométrie variable

En cinq épisodes aussi prenants que suffocants, le scénariste Craig Mazin et le réalisateur Johan Renck racontent étape par étape le déroulement de cette tragédie atroce, soulignant les erreurs humaines, les dysfonctionnements organisationnels, les aberrations du système, un aveuglement généralisé entretenu par un régime qui refuse d’admettre ses failles et va privilégier le mensonge d’État pour tenter de garder la face. Et tant pis si des dizaines de milliers de quidams y restent. Car la protection des vies n’est pas ici l’enjeu premier. Au contraire, démunie, au bord du dépôt de bilan, la Russie soviétique va improviser pour nettoyer ce merdier à géométrie variable, réglant un problème pour en voir surgir trois plus graves dans la seconde.

Un marathon pour la vie donc, où beaucoup vont y rester, parmi ces « liquidateurs » dont nous découvrons les missions sordides, quand elles ne sont pas suicidaires à long terme … mais ça, ils ne le savent pas, on évitera de trop leur dire qu’ils jouent leur avenir à évoluer dans ces zone ultra contaminées sans protection ou presque. Sordide donc, et angoissant … comme pour souligner ce trait, le réal joue la carte de la grisaille, des tonalités neutres, des lumières étouffées … les décors restituent l’enfermement de l’architecture soviétique, ce côté presque kafkaïen d’un univers où tout est encadré, contrôlé, maîtrisé … ou presque. En se faisant spectaculairement la belle, l’énergie atomique métamorphosée en tueuse de masse rappelle qu’elle demeure hautement dangereuse et qu’il suffit de peu pour qu’elle s’avère destructrice.

La Bataille de Tchernobyl

Un avertissement dont il faudrait tenir compte à l’heure où les énergies propres peinent à s’imposer. Pour sûr, si vous hésitiez encore, Chernobyl devrait vous convaincre rapidement de l’extrême dangerosité du nucléaire quand il vient à déconner. Et de l’urgence de faire bouger les choses à l’heure où nos centrales se font vieilles. Car il convient de préciser, et c’est du reste inscrit dans le générique de fin, qu’aujourd’hui on ne mesure toujours pas l’impact exact de la catastrophe : on dénombre officiellement une cinquantaine de victimes … rien sur les 600 000 liquidateurs exposés des mois durant, rien sur les populations civiles, l’augmentation des cas de cancers, … rien sur le silence gêné des dirigeants européens qui restèrent très évasifs en ce qui concerne ce nuage radioactif itinérant …

Bref, ça fait très peur … et la série, en se concentrant sur des drames humains précis, donne à ressentir l’horreur de la situation … qui fut encore pire que ce qui nous est montré. Pour preuve, le documentaire La Bataille de Tchernobyl, réalisé par Thomas Johnson en 2006, qui revient avec précision sur les stratégies développées par l’Union soviétique pour endiguer ce fléau. Un excellent complément de la série, regorgeant d’images d’archives et de témoignages qui prouvent la justesse du travail de reconstitution réalisé par Craig Mazin et Johan Renck. Car celui-ci fait polémique. La Russie, offensée par cette lecture, vient d’annoncer la production d’une autre œuvre sérielle visant à réhabiliter sa version des faits. Preuve que Chernobyl a tapé là où il fallait ?

C’est que le nouveau fer de lance de HBO est encensé par la critique à grands coups d’éléments de langage : « série la mieux notée de tous les temps » « la plus populaire » et tutti quanti … tant mieux si cela pouvait engendrer une prise de conscience, pour l’instant ça a surtout boosté le tourisme noir à destination de la zone interdite. Une légèreté qui donne à réfléchir quand on évoque en parallèle Fukushima … ou quand on sait que début juin, le plan particulier d’intervention a été étendu à 20 kilomètres autour des centrales nucléaires françaises : « L’élargissement de la zone de planification n’est pas lié à un accroissement du risque nucléaire mais permet d’améliorer l’information et la protection des personnes ainsi que la réactivité des acteurs de la gestion de crise » dixit le communiqué de presse réalisé en commun par EDF, les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais et l’Agence de Sûreté Nucléaire. C’est toujours ça de pris … jusqu’à la prochaine cata ?

Et plus si affinités

https://www.hbo.com/chernobyl

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