Chamber Music & Pomes Penyeach : Joyce période lyrique ?

Nous avons reçu de l’éditeur La Différence un petit volume de 128 pages réunissant, dans sa collection Orphée, deux recueils poétiques publiés par James Joyce de son vivant, Chamber Music (1907) et Pomes Penyeach (1927), traduits de l’anglais par Pierre Troullier.

Cette édition bilingue, rigoureusement mise en page, soigneusement imprimée, efficacement brochée, a été établie, enrichie et commentée par le traducteur à partir de celles qui ont été publiées jusqu’ici. Le texte est dans le domaine public depuis 2012. Une double contrainte a été levée, qui est celle d’être fidèle au sens (et à l’esprit) de l’original et celle de livrer une traduction versifiée (= rimée) visant à faire partager « une expérience rythmique et musicale proche de celle en anglais ». Faut-il rappeler que Joyce, qui était excellent chanteur (comme tout bon Irlandais, du reste), savait ce que rimer veut dire.

Entre les deux parutions de textes poétiques, Joyce était devenu « l’immense auteur d’Ulysse », roman d’avant-garde datant de 1922 introduisant notamment le monologue intérieur dans un écrit en prose. La traduction affrontant ou succédant au texte originel accepte d’être comparée à l’œuvre de celui qui était d’abord, avec Chamber Music, un jeune auteur avant de devenir l’un des plus grands rénovateurs du roman du siècle passé. Selon Pierre Troullier, la version française « ne doit ni tordre le texte, ni le recouvrir ». Il est parti de l’édition « de référence », celle de Richard Ellmann, le biographe de Joyce, republiée en 1991 chez Faber & Faber, complétée par celle de l’année suivante chez Penguin, établie par James Mays.

Les conceptions esthétiques de Joyce, comme celles du personnage le représentant dans partie de son œuvre en prose, Stephen Dedalus, s’inspirent des catégories aristotéliciennes de l’art : « L’art est lyrique par lequel l’artiste présente l’image en relation immédiate avec lui-même ; l’art est épique par lequel l’artiste présente l’image en relation médiate avec lui-même et avec les autres ; l’art est dramatique par lequel l’artiste présente l’image en relation immédiate avec les autres. » En vertu de quoi, Chamber Music et Portrait de l’artiste en jeune homme relèveraient de la période lyrique; Ulysse, de la phase épique; Finnegans Wake, de l’étape dramatique. En quelques années, Joyce est passé de son engouement pour Milton à une passion pour Dante. Il s’est très tôt essayé aussi à traduire Verlaine, qu’il savait par cœur et admirait le versificateur italien D’Annunzio.

Reproduisons ici, dans sa langue, un extrait de sa musique de chambre, le chant XXXII de celui qu’on appelait l’Irlandais :

RAIN has fallen all the day.

O come among the laden trees:

The leaves lie thick upon the way

Of memories.

Staying a little by the way

Of memories shall we depart.

Come, my beloved, where I may

Speak to your heart.

Et plus si affinités

https://www.ladifference.fr/chamber-music-suivi-de-pomes-penyeach

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