Carta a Eva : femmes de dictateurs au bord de la crise de nerfs

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Nous avions pu croiser leur chemin via Femmes de dictateurs, le livre particulièrement énergique de Diane Ducret ; voici que le film Carta a Eva nous permet de voir deux d’entre elles et non des moindres en action : nous voici en 1947 dans une Europe qui peine à se reconstruire après le désastre de la Seconde Guerre Mondiale. Miséreuse, autoritaire et isolée, l’Espagne de Franco voit les autres pays lui tourner le dos, à l’exception de l’Argentine. Pour sceller l’amitié des deux peuples et renforcer les liens entre les deux régimes, Peron envoie sa bouillonnante épouse Eva en voyage diplomatique à Madrid. Seulement voilà : belle, libre et issue du ruisseau, Evita l’ancienne actrice et prostituée va avoir bien du mal à dialoguer avec Carmen, la froide compagne du Caudillo, ultra-catholique représentante d’une aristocratie poussiéreuse et coupée de la populace qu’elle méprise.

Discours populistes, libération de la femme, soutien aux pauvres et aux travailleurs, les allocutions de la blonde émissaire ne sont guère du goût de la sévère madrilène, qui déteste aussi bien la démagogie de cette rivale que ses tenues ostentatoires et son vocabulaire de charretier. On frôle plusieurs fois l’incident diplomatique, notamment quand Evita demande la grâce d’une militante communiste condamnée au peloton d’exécution pour avoir fait sauter la porte de l’ambassade argentine en guise de protestation. Juana Doña complète ainsi ce trio d’un visage diamétralement opposé, femme libre, républicaine convaincue, engagée pour l’éducation et la laïcité, l’égalité des droits et le refus du fascisme. Trois natures, trois positionnements, trois passions farouches et indomptables : Carta a Eva est un film de femmes, qui incarnent le passé,le présent et l’avenir.

Construit à partir de faits réels, s’appuyant sur les documents d’époque, le film d’Agusti Villaronga dévoile les dessous de l’Espagne franquiste, où l’on arrête, torture et massacre les opposants, où la population est volontairement parquée dans la misère, la faim et l’ignorance, où la classe dirigeante, composée de la noblesse, du haut clergé et de la caste militaire détient le pouvoir avec une férocité et une arrogance impensables. La violence est palpable, montrée sans fard, malgré la propagande et la volonté d’enjoliver les choses aux yeux du monde, jusque dans les couloirs des palais, où les intrigues sont aussi nombreuses que méprisables. Les actrices Ana Torrent, Julieta Cardinali, Nora Navas ainsi que la majestueuse Carmen Maura s’imposent d’emblée dans ce récit palpitant, cette reconstitution fidèle qui souligne toute l’ambiguïté de la période,

Et plus si affinités

http://boutique.arte.tv/f9659-carta_eva_deux_parties

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