Business Model – Entreprise d’artistes : quand l’art pénètre le corporate …

Il fait beau, l’air est pollué, on est vendredi : c’est le moment d’envisager un weekend culturel à l’abri des particules. Entre autres suggestions de sauvetage pour vos bronches et vos synapses, nous vous conseillons vivement de vous mettre en apnée et de diriger prestement vos pas vers le 24 rue de Richelieu, où vous trouverez La Vitrine AM et l’expo qu’elle accueille jusqu’au 21 Mars 2014.

Une expo en forme de carte blanche donnée à Isabelle de Maison Rouge (historienne, critique et enseignante d’art, rédactrice en chef de la revue d’art en ligne Art & Flux, et autres trophées que je n’énumérerai pas sinon le pedigree va faire une page, mais en tout cas et en résumé une pointure) qui s’est penchée sur la relation entre l’artiste et l’entreprise. Et là une nuance de taille s’impose quant à son propos : il ne s’agit pas d’analyser la manière dont nombre d’artistes ont organisé leur travail en atelier ou en entreprise, à l’instar d’un Titien, d’un Rembrandt ou d’un Canaletto. La démarche est ici beaucoup plus subtile.

Car il s’agit en fait de noyauter le processus de montage/développement d’une entreprise pour en détourner les rouages et en faire une œuvre d’art en soi. Point de départ : la Société Anonyme Inc. créée en 1920 par Man Ray et Marcel Duchamps, avec le partenariat de la collectionneuse Katherine Dreier. Expérience initiale qui dicte les non règles de ce parcours alimenté par les travaux des artistes convoqués et dont voici quelques exemples qui nous ont inspiré :

  • JESUS HAD A SISTER PRODUCTION de Dana Wyse décrit dans notre Avant-Garde de ce jour ;
  • CLOACA, où Wim Delvoye démonte le fonctionnement de l’entreprise comme un véritable système digestif avec papier toilette ciblé et produits dérivés ;
  • GRORE IMAGES de Philippe Mairesse qui collecte des photos de famille oubliées, trouvées dans la rue (+ de 3000 à ce jour) pour les mettre en ligne
  • IBK de Benjamin Sabatier, qui propose des œuvres d’art en kit ;
  • SR LABO, où Sarah Roshem interroge nos besoins de bien être à coup de Tshirt imprimés et de happenings,
  • THAT’S PAINTING PRODUCTION, où l’acte créatif du peintre Bernard Brunon est réduit a geste simple de peindre les murs des habitations.

Points communs de ces artistes :

– tous ont pris le risque de créer leur structure pour développer ces expériences, allant jusqu’à façonner logo, discours de vente, site, … bref le panel complet des outils de comm’ nécessaires à la visibilité d’une activité ;

– tous sont entrés dans un schéma de monétisation, interrogeant par là même la réalité du marché de l’art et la valeur d’une œuvre, jonglant entre l’unique et le multiplié, le rare et l’uniforme ;

– plus qu’une réflexion, ils ont un sens inné de la mise en situation, construisant des stratégies induisant une prise de conscience sans retour possible pour les visiteurs ;

– ils proposent une variété de registres allant du poétique au burlesque avec un penchant très net pour l’ironie, tendre ou mordante, c’est selon.

En cela, ils apportent une pierre fondamentale aux investigations menées par la Vitrine AM, qui en est ainsi à son 7eme chapitre. Propulsée par l’agencede communication spécialisée en art contemporain L’art en direct, la galerie offre un terrain de test pour étudier les interactions possibles entre art et entreprise, défini plus spécifiquement de cette façon : « Concept hybride, il témoigne de la valorisation de l’art par l’entreprise et du développement de l’entreprise par l’art. Ouvert au grand public, ce lieu non commercial est aussi un espace d’échanges et de réflexions ». Réflexions amorcées dés l’accueil et la visite des expos, poursuivies lors de rencontres et de conférences aux problématiques porteuses telles : « L’entreprise artiste, une entreprise comme les autres ? » ou « L’artiste peut-il être un prestataire de service ?»

Ont précédé des sujets très ambitieux, ainsi Marque contre marque qui réfléchissait sur l’influence des marques dans notre société, ou Dom Pérignon – Jeff Koons, où le célèbre plasticien imaginait l’écrin idéal pour le millésime rosé 2013. Des sujets ambitieux pour des projections porteuses en matière d’ouvertures et de possibilités. A l’heure où les entreprises peinent à se renouveler, les artistes pourraient bien, de fait, tracer des voies de développement inusitées et efficaces là où management, marketing et communication lambda sont dans l’impasse.

Album photos par The ARTchemists

 

Et plus si affinités

http://www.lavitrine-am.com/

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