Breaking Away – Peter Yates : coming of age movie

De Peter Yates, l’histoire a retenu surtout Bullitt (1968), où Steve Mac Queen, au volant d’une Mustang GT, se livre à une course-poursuite qui fait date dans les annales du 7e Art. Pourtant, le réalisateur britannique passé à Hollywood devait remporter, une décennie plus tard, sans stars ni budget, un beau succès avec Breaking Away, nommé cinq fois aux Oscars 1979. Ce film, aimé de cinéastes comme Quentin Tarantino, Darren Aronofsky ou Richard Linklater, ressort sur nos écrans en version restaurée.

De la course automobile on passe au vélo. Et des collines de San Francisco, aux rues de Bloomington, petite localité du comté de Monroe réputée pour… son rallye en vélocipède organisé, depuis 1951, par l’université de l’Indiana. Les héros du film ? Quatre adolescents qui, après leurs études secondaires, décident de s’octroyer une année sabbatique, au grand dam de leurs parents. Il faut dire qu’ils rechignent devant la vie toute tracée qui s’ouvre à eux, faite de travail répétitif et d’obéissance. Ils ne souhaitent ni se séparer, ni dire adieu à l’enfance.

Breaking Away – qui signifie à la fois « se casser » et « sortir du peloton » – est un coming of age movie, genre qui apparaît alors : on se souvient d’American Graffiti (1973). Le film d’ados se double ici d’une réflexion sociale, probablement inspirée du cinéma anglais des années 60. Peter Yates a été, en début de carrière, assistant de Tony Richardson et proche, par conséquent, du free cinema britannique, de Lindsay Anderson, de Karel Reisz. Ses protagonistes, même s’ils n’ont pas de problèmes matériels, dysfonctionnent légèrement. Surtout Dave, l’aficionado de la petite reine, qui sait tout du Giro et de ses champions cyclistes, écoute du bel canto du soir au matin, a baptisé son chat Fellini, parle la langue de Dante apprise par Assimil et propose à son entourage qui n’en peut plus un italian way of life fantasmé.

La bande des quatre (c’est sous ce titre que sortit le film en France en 1980) est composée de fils d’ouvriers, plus exactement de cutters, ces casseurs de pierre qui ont permis de bâtir les immeubles bloomingtoniens ainsi que le campus de la ville. Ce secteur d’activité a cessé d’être rentable. Le chômage a obligé les pères à chercher de l’ouvrage ailleurs, à Chicago notamment, ou à se reconvertir – celui du héros est devenu vendeur de voitures d’occasion. Les carrières désaffectées sont devenues des lacs où viennent plonger et se baigner les quatre jeunes gens. Ceux-ci voient d’un mauvais œil les étudiants – issus d’une autre classe sociale – qui débarquent dans ce qu’ils considèrent comme leur territoire. Ils commencent par leur disputer leurs nanas. S’ensuivent des joutes sportives, en ville et sur le périmètre de la faculté et quelques escarmouches.

Il n’y aura pas d’escalade ni de bataille rangée, façon mods et rockers. Le recteur qui table sur l’intégration par le fair play invite nos lascars à participer à l’épreuve sportive emblématique de l’Université. Les dernières vingt minutes du film, constituées par le relais cycliste, sont haletantes. Dave, le seul coureur de haut niveau du quatuor de cutters, parviendra-t-il à faire gagner son équipe ? Les pédaleurs sortiront-ils du lot – de l’arène symbolique où s’affrontent preppies et prolos –? Le suspense est à son comble… Cette séquence d’anthologie est filmée comme un documentaire. Yates présente une Amérique blanche, sans drogue, sans sexe, sans rock ‘n roll, obsédée par une compétition qui se résout dans le jeu. L’optimisme y prévaut encore. Rythmé par les arias de Rossini, Breaking away bénéficie de la belle photo couleur de Matthew Leonetti.

Et plus si affinités

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