Attila Marcel : petit Paul deviendra grand …

Paul (Guillaume Gouix), la trentaine, bientôt  vieux garçon, est sous l’emprise de ses deux tantes  aristocrates et un tantinet machiavéliques (Bernadette Lafont et Hélène Vincent) avec lesquelles il a toujours vécu. Muet, renfermé, infantilisé, il ne vit qu’en demi-teinte, ne consacrant son existence qu’à ses tantes, leur cours de danse où il est accompagnateur et à la pratique du piano.  Paul ne connait pas ses parents, la filiation est rompue, les souvenirs absents sauf en réminiscence à travers ses rêves (et pas sûr que ces derniers gardent vraiment trace de la réalité). Solitaire et renfermé, sa rencontre avec Madame Proust (Anne Le Ny), sa voisine, va se révéler être  un grand plongeon dans le passé, mais surtout l’accès à une vie enfin vécue avec enthousiasme.

Dans ce film touchant, parfois intimiste, tantôt « comique », on est marqué par la jolie performance de Guillaume Gouix, au regard si expressif (ce qui lui a valu d’être choisi pour le rôle par Sylvain Chomet).  Sans les mots, il fallait bien un acteur en mesure de transcrire toute la complexité des sentiments et angoisses de Paul par un autre biais que la parole. Le pari est réussi. Tout comme la caméra, l’on se perd dans ses yeux qui nous racontent à leur façon l’histoire de Paul.  Il est aussi surprenant de le voir se dédoubler dans le film, car il joue à la fois Paul et son père Attila Marcel, personnages aux antipodes l’un de l’autre. Il est crédible et touchant dans les deux cas.

Dernier film de Bernadette Lafont, elle s’y révèle, comme toujours, juste et remarquable, prêtant sa voix si particulière à ce personnage de femme castratrice et rigide, tout comme l’excellente Hélène Vincent, l’inoubliable mère de Bernie. Elles nous offrent un beau duo de sœurs presque jumelles, glaçantes de mimétisme. Elles incarnent si bien ce type de femme qui, quoi que parfois aimantes, se révèlent bien souvent tellement étouffantes qu’elles en deviennent de véritables boulets pour qui voudrait avancer mais surtout tout simplement exister.

Le personnage de Anne Le Ny, Madame Proust est lui bien différent. Elle est une femme malicieuse et franche, à l’écoute des autres et de leurs souffrances. Altruiste et tout de même un peu sorcière. Si le personnage est un brin caricatural (un prototype de la vieille hippie bouddhiste ?) et souffre un peu de ce manque de profondeur, on s’attache tout de même à cette femme, mais plus encore à cette personne, qui elle aussi ressemble forcément à quelqu’un que nous avons connu. De ceux qui nous permettent de trouver les clés, de prononcer les mots qui doivent l’être, de matérialiser l’inachevé qui nous empêchent de continuer notre route. Ceux qui nous révèlent à nous même, familiers ou étrangers, à qui on livre une grande part de son être et qui poussent gentiment à évoluer.

La musique est un autre « personnage » important du film. Elle est tout à la fois la discipline par laquelle les tantes gardent la main mise sur Paul, et la clé qui lui permet d’accéder à ses véritables souvenirs, et donc à la liberté, une fois ingurgitée la « potion magique » et la madeleine de madame Proust. Ici la musique tisse le fil des émotions inexprimables.  Permet de pénétrer les eaux troubles de la mémoire. Poison ou remède, c’est selon, les souvenirs refont surface grâce à elle.

Si Atilla Marcel manque un peu de magie et de poésie, il a le mérite d’être facile d’accès et de nous rappeler que pour tout un chacun, la vie ne commence que lorsque l’on se libère du poids du passé et de ses secrets inavoués, une fois la boîte de Pandore ouverte (quoi que cela soit un poil perturbant), il ne reste plus qu’a prendre son courage à deux mains, et faire le pas, sauter le précipice et à l’horizon, saisir sa chance et faire les choix qui s’imposent. Un film charmant qui manque peut être encore d’une identité plus affirmée (on sent en filigrane l’influence de Jean-Pierre Jeunet…) mais qui se révèle attendrissant et un bon moment à vivre seul ou en famille. Premier essai de Sylvain Chomet en vues réelles et non en séquences animées – Les Triplettes de Belleville, on y retrouve sa tendresse pour ses personnages et son histoire, et on attend la suite pour un film plus abouti.

Précisons qu’une application interactive disponible sur l’App store d’Apple complète le film et vous donnera accès aux coulisse du film, à des jeux, des interviews et photos inédites, des anecdotes de tournage et vous permettra de partir à la recherche de chouquettes dans les décors du film… Dommage qu’elles ne soient disponibles que sous forme d’application pour les détenteurs d’un smartphone de la marque à la pomme et non pas sous la forme d’un site web plus accessible à tous.

 

Et plus si affinités

http://www.pathefilms.com/film/attilamarcel

Démonstration de l’application dédiée :

http://www.youtube.com/watch?v=FIP5v-r4ZUI

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