Album : Mansfield TYA – Corpo inferno – Vicious Circles – 2015

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Oh les sales gamines !!! Vilaines petites Antigones, qui excellent à faire enrager les Créons bien raisonnables que nous sommes. Drapées comme de trompeuses vestales, elles posent devant l’objectif de Théo Mercier, lunaires prêtresses ou folles statufiées qui dans un cri silencieux hurlent leur dégoût de la normalité. Voici le préambule en image qui introduit Corpo Inferno, 4eme album de Mansfield TYA. Corpo Inferno, … une ode à ce corps infernal, cette chair qui nous enferme, nous restreint, nous écrase, nous dicte sa loi mais nous garde néanmoins en vie. Qu’il est lourd à traîner, ce corps, quand il nous empêche d’aimer, nous fait fuir devant l’être désiré, nous isole du reste du monde, … impossible de s’en débarrasser, alors autant en prendre son parti, quitte à le torturer au passage, pour laisser souffler son âme …

Fidèles à elles-mêmes, Julia Lanoë et Carla Pallone fusionnent à chaud pour cristalliser les espoirs engloutis, le dressage cruel de cette vie de merde. Laissant un instant derrière elles mais si peu, Sexy Sushi pour la première, l’Ensemble baroque de Nantes pour la seconde, elles plongent dans les eaux troubles des désirs et des angoisses humaines. Des cris, des chuchotements … sorcières modernes, petites sœurs de la tragique Cassandre, elles feuillettent tranquillement le Larousse au fond de la classe, en se scarifiant les bras … En quatorze morceaux qui alternent comptines acides, balades désabusées et cavalcades electro, elles dressent le schéma brumeux et oppressant de nos névroses, de nos caprices, taillant au passage un short à Cousteau avec « Le monde du silence » où l’on s’emmerde ferme.

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Mansfield TYA par Eric Forhan Photographe

Adeptes des ruptures émotionnelles, les demoiselles en usent avec talent, par exemple ce grand écart stylistique entre le dévorant « Palais noir » et la lumière de « Fréquences » qui lui succède. Mais même dans la lumière Mansfield TYA cultive le trouble, l’instable, comme sa nature profonde, sa vibration intérieure, la certitude d’être en vie. Un reflet dérangeant de ce que nous ressentons tous : pourquoi vouloir le bonheur absolu quand c’est le malheur et la lutte qui nous font exister ? Lutte contre la bêtise, l’autre, soi-même … refuser les évidences, les définitions, les cadres, se perdre dans l’ivresse, le silence, l’insomnie, … résister … « La nuit tombe » conclut cette déclaration d’amour aux maux qui nous font vivre d’une manière impérieuse et sublime …

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En boucles hypnotiques, l’archet tranche impitoyablement les cordes du violon tandis que les percussions fracassent les crânes : Julia et Carla célèbrent le contre temps absolu, le sommeil qui s’échappe, l’effacement du temps, la lente chute des repères, voulue, désirée, affirmée … cette composition finale impacte l’album d’une démesure, d’un vertige qui confine au tragique et confirme le talent à vif du binôme, dans le juste héritage d’un Baudelaire ou d’un Verlaine.

Et plus si affinités

http://www.mansfieldtya.com/

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