Album : Apparat – Krieg und Frieden (Music for Theatre)

Comme son nom l’indique le nouvel opus d’Apparat a été conçu à partir du théâtre. Ouep vous avez bien lu.

En effet les dix morceaux qui forment l’album ont à la base été pensés pour illustrer la pièce de théâtre Tolstoy’s War & Peace du dramaturge allemand contemporain Sebastian Hartmann. Une collaboration dans le cadre d’une commande imposante du Ruhrfestspiele, festival d’art renommé à Recklinghausen.

Et une collaboration sur le terrain en direct live, puisque Hartmann a la réputation de construire ses spectacles avec sa troupe. Sasha Ring au cœur du groupe a donc suivi l’ensemble et travaillé à leur rythme, à leur côté au cœur de l’usine désaffectée où la représentation a progressivement pris forme.

Tout devait se terminer avec la dernière de la pièce. Se terminer ? Ou muter ? On ne stoppe pas des artistes en pleine créativité, et on imagine mal un groupe de la carrure d’Apparat laisser sa musique derrière soi. Du coup la collaboration purement dramaturgique a engendré un processus de compo/production plus élaboré.

On y retrouve la patte du groupe, cet échange inimitable entre vibrato des cordes et pulsations des sons synthétiques, dés les premiers instants : « 44 », introduction d‘une incroyable mélancolie, qui contient en germe l’identité sonore de l’album et cette pointe de romantisme propre aux œuvres de Goethe, de Schiller, Friedrich, tandis que « 44 (noise version) » continue ce prologue en le niant par des sonorités désincarnées, métalliques, émergeant des brumes qui se lèvent sur les champs de bataille dévastés criblés de corps agonisants.

« Krieg und Frieden », « Guerre et paix », en deux temps, l’introduction de l’album résume la démarche romanesque de Tolstoï dans ce qu’elle a de plus émouvant, de plus humain. Les sept autres compos sont de la même eau, jonglant entre voix, claquements chaotiques des coups de feu, errance dans l’ombre des conflits, des doutes amoureux, des séparations douloureuses, …

« Tod », tocsin angoissant qui n’a rien à envier aux mélodies funèbres de Dead Can Dance, « Blank page » qui semble capter la griffure de la plume sur la feuille du courrier envoyé au soldat aimé, la neige qui couvre Moscou avant l’assaut, comme un passage symphonique de Glen Branca.

 « PV » et ses cliquetis de boite à musique fatale, comme une armée en marche vers la mort, « K&F thema », versions cordes puis synthétique, conçues sur la même logique que « 44 »comme deux versants de la même aria, d’une tendresse absolue propre  à ces amours que rien n’efface. « Austerlitz » vient clore ces doutes et ces angoisses avec son piano scandant les charges de cavalerie et ce sentiment insolent de voler sur les ailes de la victoire.

Reste le dernier morceau de cette fresque épique : « A violent sky », qui ramène la paix dans les cœurs, l’éclat dans les yeux, la joie dans les cœurs.

On écoute cet album, une boule dans la gorge, très souvent les larmes aux yeux, frustrés de ne pouvoir percevoir le spectacle en lui-même qu’au travers du artwork signé Tilo Baumgärtel qui a également illustrer la pièce, pris au cœur par les violons de Philipp Timm et Christoph Hartmann, ravis que le groupe ait eu le réflexe et la volonté de dépasser le scénique pour garder trace de cette fable musicale épique et dense.

 

Et plus si affinités

http://www.apparat.net/

https://www.facebook.com/apparat.official

http://twitter.com/apparatofficial

 

 

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.