Album : Antoine Zebra – Plaisirs & dissidence – 2016

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« Voilà je te présente ma femme » dit-il en désignant sa gratte rutilante, plus chouchoutée qu’une rombière californienne après une journée de sauna/massage/botox, langoureusement couchée dans la moumoute rose d’un étui en cuir noir usagé. La phrase fétiche de tout guitariste qui se respecte, met un point d’honneur à investir son affect dans l’instrument qui prolonge sa virilité, constitue son ego, son karma. Mais que se passe-t-il quand la guitare devient femme, vraiment ? Quand d’un coup la rondeur du bois, les cordes tendues se font chair, nerfs et muscles ?

Zebra le rocker, déjà croisé dans ces pages, a eu l’insigne honneur et la douloureuse malchance de vivre cette expérience dévastatrice avec une mystérieuse héroïne sortie du néant, une fille nommée Fender, jaillie de nulle part, sexy, sauvage amazone aux lèvres saveur de mojito. Il ne s’en remettra pas, et c’est écorché de sa peau de zèbre qu’il narre, encore sanguinolent, le lumineux calvaire passionnel vécu entre les cuisses de la belle disparue. C’est bien connu, un artiste heureux en amour, ce n’est plus tout à fait un artiste.

Zebra – photo Nathalie Granger Pacaud

Fidèle à la tradition romantique et à la malédiction du rock, Antoine, après s’être identifié au point de changer de sexe pour devenir sa dulcinée – un incontournable du glam rock, sweet New York Dolls – panique, et fout tout en l’air avant que la belle panthère ne s’en charge. Résulte de ce fiasco, l’achat d’une Fender croisée au détour d’une vitrine et un album étrange, un OVNI moite, confession et fantasme confondus, mise à nu d’un coeur fragile comme du cristal, épiderme lacéré qui refuse de cicatriser car la plaie est souvenir vivant du plaisir enfui/enfoui.

Histoire d’une révélation/perdition/rédemption ? En onze morceaux à la stylistique divergente mais toujours acérée et précise comme un scalpel, Antoine Zebra passe de la clarté aux ténèbres, s’interrogeant sur l’impossible des affects illogiques qui poussent à partir, tout foutre en l’air quand on voudrait rester, à n’importe quel prix. Si les six premières tracks évoquent la rencontre et la fusion, les cinq dernières compos marquent la rupture et le questionnement qui en découle, sur l’autre, sur soi, sur les incohérences du coeur. A ce titre les trois ultimes chansons concluent magistralement cette initiation, sous tendue par les aveux ajoutés dans le livret.

Et un mystère : qu’est devenue Fender ? Nul ne le sait, peut-être était-ce une fée, croisée un soir de concert, transformée en guitare pour mieux satisfaire le musicien inconstant et angoissé, tétanisé par l’approche du bonheur humain ? Demeure l’artiste, Antoine, qui finalement n’a rien appris de plus que ce qu’il sentait déjà : l’amour fait mal, et c’est pour ça qu’il est la source éternelle d’inspiration. Décidément qu’on le veuille ou non, les rockers seront toujours des Janus Bifrons : des grands baiseurs et d’incorrigibles romantiques.

Et plus si affinités

https://www.facebook.com/zebramix/

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