15 ans de Red Bull Music Academy en images : What difference does it make ?

Le titre est ironique et tranchant à la fois, car ce questionnement central dans la carrière de Brian Eno et dans ses choix artistique sert de vecteur au documentaire qui célèbre les 15 ans de la Red Bull Music Academy, tout en résumant sa raison d’être : interroger les musiciens sélectionnés sur leur vocation d’artiste, leur force créative, leur implication humaine et professionnelle.

Depuis l’envoi des candidatures au travers d’un dossier complexe et fouillé jusqu’à la sortie de stage et l’enseignement qu’en tirent les soixante élus, le film relate les étapes marquant ces semaines d’initiation. Tourné par Ralf Schmerberg, membre du collectif berlinois Mindpirates, à l’occasion de la 15eme Red Bull Music Academy à New York, le documentaire tire son énergie de la foi des lauréats du concours, des sons qu’ils produisent en collaboration, de l’expérience des musiciens confirmés venus animer les masterclass, du regard du réalisateur qui capte cette expérience d’une caméra nerveuse et attentive à la fois.

Prises de vues en studio, durant les conférences, pendant les réunions de composition ou d’enregistrement, les concerts alternent avec les interviews, suivent les candidats et les professeurs, les émergents, les confirmés, les anonymes, les stars. Un leitmotiv à la clé : rendre compte de l’esprit du workshop institué avec ambition et succès pas la fameuse boisson énergétique en 1998. Déjà présente dans les milieux du skate, de l’electro et des festivals, la marque prit ainsi position dans le domaine de la création musicale pure en imprimant une approche particulière, prisée et prestigieuse, qui vaut comme une formation unique en son genre.

Et la 15eme session confirme cet élan avec, prêts à transmettre leur savoir faire et leur ressenti, des pointures comme Lee ‘Scratch’ Perry, Brian Eno, Philip Glass, Giorgio Moroder, Erykah Badu, Nile Rodgers, Rakim, Skream, Q-Tip, Bernie Worrell, Egyptian Lover, Ken Scott, Thundercat, Richie Hawtin, James Murphy, Debbie Harry et Stephen O’ Malley. Du beau monde donc qui vient témoigner de ces années de pratique au sein d’une action qu’on peut légitimement qualifier de recherche/développement.

Car il s’agit ici de repérer et de tester les capacités d’artistes en devenir, pour le cas échéant les faire tourner sur les events de la Red Bull Music Academy, soit environ 500 dates, essaimées sur de grands festivals tels Montreux, le Sonar ou Movement, ce qui décuple la visibilité des artistes repérés. Sans compter le magazine en ligne (redbullmusicacademy.com) et la webradio (rbmaradio.com). Autant vous dire que le recrutement est féroce, et les principes sans pitié : ne demeurent que ceux qui ont la vocation chevillée au corps, au cœur et à l’âme. Amateurs, s’abstenir, et les pontes ne se privent pas de le répéter à longueur de cession. Renoncement, implication totale, foi absolu … ici la musique est sacerdoce, passe avant les copains, la famille, le couple.

Ici la musique est travail, monétisation, job. Une entreprise. Et c’est cette facette, complément vital de la créativité productive, qui fait la force du documentaire, qui pose les bonnes questions en la matière avec un regard sans fard ni concession, y ajoutant un véritable mode d’emploi pour développer l’attitude à avoir en tant qu’entrepreneur musical, ne cachant rien des risques et des difficultés que comportent ce type de secteur. « What difference does it make ? » : ce sont les mots qui conviennent pour singulariser son action. Et si le documentaire n’aborde par les questions du coût de la formation, des principes de sélection des artistes, ou des retombées pour chaque lauréat, il a du moins le mérite d’énoncer ce questionnement comme fondateur d’une démarche porteuse.

La chose peut éclairer les futurs postulants. La 16eme cession doit avoir lieu à Tokyo, autre haut lieu de la création musicale planétaire. On espère un nouveau documentaire qui témoignera du travail effectué et de la qualité de la nouvelle promo, avec en tête une autre question sous jacente mais essentielle dans la démarche de la Red Bull Music Academy : compose-t-on différemment suivant le lieu où l’on se trouve ? New York transpire à chaque image du film, impactant le ressenti des musiciens. Il en sera de même à Tokyo mais les effets seront-ils les mêmes ? A suivre.

 

Et plus si affinités

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