12 jours de Depardon : triste regard sur la psychiatrie

12 jours : c’est le laps de temps qui sépare le début d’une hospitalisation sous contrainte et le passage devant le juge des libertés. Notre médecine actuelle refusant toute attitude paternaliste, un patient est libre de refuser d’être soigné; la psychiatrie représente la seule exception à cette logique. En effet lorsque les traitements sont nécessaires et que l’état mental du patient empêche de recueillir son consentement, une hospitalisation peut être imposée : elle paraît nécessaire … mais critiquable. Avec ce nouveau documentaire, Depardon tente d’explorer la notion de soins sans accord comme une véritable question politique, éthique et philosophique.

Photographe, réalisateur, journaliste et scénariste français reconnu, Raymond Depardon a toujours filmé le monde et la société avec un regard humaniste. Il avait déjà abordé le monde de la folie avec un précédent reportage consacré aux urgences. Présenté à Cannes, 12 jours, tourné au Vinatier, hôpital psychiatrique public de Lyon, donne la parole aux patients durant leur audience devant le juge des libertés. Depardon filme ces patients blessés, rejetés et exclus de notre société, émouvants avec leurs symptômes, leurs fragilités, leur solitude, cela sans jamais prendre parti, avec objectivité.

L’humanité des juges surprend. Ils sont là pour trancher, mais font confiance aux certificats médicaux. Ils ne se contentent pourtant pas de simplement vérifier la procédure, ils rassurent, expliquent aux patients leurs droits et surtout ils les écoutent. C’est une justice compréhensive qui nous est contée, agissant dans l’intérêt des citoyens, comptant avec leurs vulnérabilités. On remarquera la qualité de la photographie, ces images d’une grande intensité, la musique remarquable qui accompagnent l’exploration de cet univers dérangeant, si difficile à évoquer.

Malgré tout, le film reste superficiel pour différentes raisons :

  • Les malades mentaux suivis par la caméra sont-ils vraiment sincères, spontanés lors de leur audience ?
  • Avec l’utilisation du champ et du contre champ, le film s’enferme dans le bureau du juge, ignorant une grande partie de la vie de ces individus. Or on aurait aimé les voir évoluer au sein même de l’hôpital, lieu de soin et de réinsertion.
  • Ces êtres semblent être réduits à leur pathologie, ils sont psychotiques ou suicidaires ; la nécessité de soins semble être une évidence devant ces cas là. Mais qu’en est-il des dépressifs, des bipolaires, des schizophrènes, pour qui les traitements ont beaucoup évolué ?

Bref l’approche de Depardon reflète l’image vieillotte d’une psychiatrie où tout semble perdu d’avance. C’est dans un univers triste et sans espoir que nous sommes entraînés. Il est bien regrettable qu’avec un thème si intéressant et un réalisateur si talentueux, on découvre au final une psychiatrie datant du temps de Pinel. L’hôpital psychiatrique ressemble ici à un asile du 19ème siècle, assez éloigné de la réalité des centres hospitaliers psychiatriques actuels. Le documentaire ne nous montre pas comment le monde médical travaille à soigner ces patients, … et c’est une frustration évidente.

Et plus si affinités

http://12jours-lefilm.com/presse/

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